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KARLOVY VARY 2022 Compétition

Critique : The Word

par 

- Beata Parkanová fait une tentative sincère, mais modeste, de raconter la vie pendant le communisme après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les Soviétiques en 1968

Critique : The Word
Gabriela Mikulková, Martin Finger, Lea Bankó et Anton Frček dans The Word

Les événements du passé ont tendance à refaire surface longtemps après qu’ils se soient produits, pour hanter les générations suivantes, ou au moins demander qu’on s’en souvienne. Dans le cas de la République tchèque (et la Slovaquie), cet événement, c'est l’invasion de la Tchécoslovaquie par les Soviétiques, en 1968, et les temps qui ont suivi. Chaque famille a probablement une histoire sur 1968, et Beata Parkanová vient de nous en raconter une dans son deuxième long-métrage, The Word [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Beata Parkanová
fiche film
]
, qui a fait sa première en compétition au Festival international du film de Karlovy Vary.

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Václav Vojíř (Martin Finger, un vétéran de la télévision tchèque qui a déjà collaboré avec Parkanová sur son premier long-métrage, Moments [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Beata Parkanová
interview : Beata Parkanová
fiche film
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, en 2018) est un homme de principe. C’est un juriste strict et méticuleux et un notable très respecté dans une ville tchèque anonyme, ainsi qu’une figure qui a une certaine autorité, pourrait-on dire, parmi ses habitants. Cependant, ni son expertise, ni son passé sans tache, ni ses principes de fer ne peuvent suffire à assurer sa position, car il n’est pas membre du Parti communiste au pouvoir, et il existe même des preuves qu'il a voté contre les communistes en 1946. Le parti, représenté par des agents qui viennent à son bureau pour faire pression sur lui, décrète que Vaclav lui doit toute sa carrière, et qu'il devrait lui savoir gré d'avoir bénéficié de sa bienveillance par rapport à ses "transgressions".

Václav, naturellement, se fait du souci pour son avenir, car tout cela se passe juste après l’invasion soviétique, mais sa femme Vera (Gabriela Mikulková, principalement active à la télévision) le soutient sans fléchir, sacrifiant son confort pour fournir l'appui dont il a besoin et s’occuper de leurs deux enfants. Leurs amis leur conseillent de "faire le choix le plus raisonnable" et transiger pour arriver à un accord avec le Parti, parce que ce n'est en réalité pas si gênant au quotidien, mais Václav ne saurait trahir ses principes. Il attend sa "punition", ce qui pourrait signifier une radiation de sa charge, une mutation, voire même être rélégué à un emploi de subalterne qui ne serait pas adapté à ses compétences – et l'attente pourrait s'avérer une torture plus cruelle que la "sentence" elle-même.

Parkanová divise son film en de longues scènes : ces séquences très dialoguées, assez statiques, sont soit cadrées en plan moyen, soit filmées en champ-contrechamp, de sorte que The Word ne fait pas toujours l'effet d'un travail "cinématographique". L'impression d'être devant une pièce de théâtre est encore amplifiée par le jeu des acteurs (les expressions sont exagérées et le ton légèrement déclamatoire). Des petits interludes entre les scènes, présentant des photographies des acteurs dans leurs rôles, offrent un peu de répit hors de cette atmosphère pesante et sinistre.

Sur le plan visuel, The Word évoque assez un téléfilm, du fait de l'absence d'éclat dans les teintes naturelles qui enveloppent l'image, et de ses décors un peu austères, où l'on a juste enlevé les objets du présent sans les remplacer par des accessoires d’époque. Cependant, pour ce qui la concerne, Parkanová démontre occasionnellement qu’elle sait trouver des solutions de mise en scène intéressantes, et le chef opérateur Tomáš Juriček fait lui aussi preuve de sens de la ressource dans certains de ses plans d'ensemble, attrayants et judicieusement composés.

En résumé, The Word est clairement un film réalisé avec une envie sincère de raconter l’histoire qu’il raconte. Le problème est que ces histoires ont déjà été racontées, de sorte qu'il pourrait avoir du mal à trouver un public en dehors de sa région.

The Word est une coproduction entre la République tchèque, la Slovaquie et la Pologne pilotée par love.FRAME, en coproduction avec AZYL Production, Kijora, Bontonfilm Studios et la Télévision tchèque. Bontonfilm s'occupe aussi de la distribution du film.

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(Traduit de l'anglais)

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