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BRIFF 2022

Critique : Talking About the Weather

par 

- Annika Pinske livre un premier long qui parvient à transmettre avec subtilité et sans pontifier une réflexion pointue et incarnée sur le sexisme et le déterminisme social

Critique : Talking About the Weather
Anne Schäfer dans Talking About the Weather

Clara approche de la quarantaine. Assistante à l’université de Berlin, elle prépare un doctorat en philosophie. Elle mène une vie de bohème dans un grand appartement en colocation à Kreuzberg. Clara se heurte à un milieu extrêmement masculin, où être une femme est un obstacle supplémentaire à gravir dans un parcours déjà ardu.

D’autant qu’en plus de sa vie professionnelle, Clara est en plein doute dans sa vie personnelle. Mère d’une adolescente de 15 ans qui vit avec son père, elle s’interroge sur leur relation, leur difficulté à communiquer, qui lui rappelle la relation qu’elle entretient avec sa propre mère.

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A l’occasion des 60 ans de cette dernière, Clara retourne dans sa région d’origine en ex-Allemagne de l’Est. Un voyage dans un autre monde, celui de la province, mais aussi dans le temps. Car les fantômes de son passé, un vieil oncle, une cousine, un premier amour reprennent vie, et la confrontent au chemin qu’elle a parcouru, à la jeune fille qu’elle était et à la femme qu’elle est devenue.

Construit en deux temps, deux mouvements distincts mais qui se font écho, Talking About the Weather [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Annika Pinske
fiche film
]
, le premier long d’Annika Pinske, dévoilé à la Berlinale en février dernier dans la section Panorama et montré cette semaine à la Directors’ Week du Brussels International Film Festival, aborde avec une belle subtilité la façon dont le sexisme et le classisme font le lit de nos sociétés, en observant le parcours de transfuge de classe d’une femme ramenée à son genre et ses origines par son milieu professionnel autant que par son milieu familial.

Si la première partie laisse un temps penser à un marivaudage universitaire, peu à peu résonnent quelques commentaires qui entrainent le récit ailleurs, lui conférant une grande modernité, en soulignant des situations plus qu’en imposant des discours. Non seulement Clara n’affiche pas le bon genre, mais elle n’a pas non plus la bonne lignée. Elle se sent vite mal à l’aise.

Mais le retour aux sources n’est pas pour autant la réponse à toutes ses interrogations. Si Clara constate le chemin parcouru, elle souffre aussi de l’incommunicabilité, avec les membres de sa famille éloignée dont elle ne comprend pas ou plus le positionnement face au monde, mais aussi avec sa mère, qui s’obstine à éluder toute discussion profonde. Se parle-t-on jamais vraiment d’autre chose que du mauvais temps, finalement ? Que partage-t-on de ce qui nous importe, nos peurs, nos rêves, nos émotions et nos sentiments ?

En quelques scènes, Annika Pinske parvient à mettre le doigt sur ce malaise, ce sentiment de n’être plus ni ici, ni ailleurs, de savoir que l’on a bien fait de prendre l’ascenseur social, tout en se demandant si l’on n’arrivera jamais au dernier étage.

Ces questionnements sont portés de bout en bout par la comédienne Anne Schäfer, beaucoup vue à la télévision allemande, et qui trouve là un magnifique premier grand rôle au cinéma.

Talking About the Weather est un film de fin d’études, produit donc par la German Film and Television Academy Berlin, ainsi que par New Matter Films, et par la société de la réalisatrice, Pennybooth Productions. Les ventes internationales sont assurées par Films Boutique.

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