email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

CANNES 2022 Quinzaine des Réalisateurs

Critique : Le Barrage

par 

- CANNES 2022 : Ali Cherri livre un travail audacieux, ésotérique et esthétiquement plaisant qui se passe au nord du Soudan à l’époque du coup militaire de 2019

Critique : Le Barrage
Maher El Khair dans Le Barrage

Le Barrage [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Ali Cherri
fiche film
]
, le premier long-métrage d’Ali Cherri, plasticien et cinéaste né à Beyrouth et installé à Paris, est un film ésotérique. Il met en scène un ouvrier de briqueterie, qui pendant son temps libre, construit un monstre de boue doté de la parole dans le nord du Soudan. Le film est une allégorie, mais parfois, le symbolisme est aussi trouble que le labeur effectué par l’ouvrier Maher (Maher El Khair) au barrage de Merowé est boueux.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Le Barrage est un film individuel, même s’il est présenté comme le troisième volet d’une trilogie. Les deux premiers volets, The Digger et The Disquiet, sont des courts métrages qui ont été au programme de nombreux festivals, y compris l’IFFR et CPH:DOX. Le fait de ne pas avoir vu ces deux premières œuvres a pu ajouter à la confusion de la critique lorsque soudain, la construction que Maher bâtit chaque nuit se met à parler. Cette utilisation de la nature rappelle le travail de l’auteur Alan Moore dans sa B.D. Swamp Thing, où un parlement composé d’arbres réagit à la destruction de la terre par l’homme. C’est un rebondissement plutôt inattendu dans une œuvre présentée à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, qui se situe à la frontière entre le cinéma et la galerie.

Au début, le film semble être sur un terrain plus sûr et plus familier. Nous observons des Africains travailler dur sous un soleil de plomb. Le paysage est traversé par une route poussiéreuse, qui longe de magnifiques rochers et de fabuleux horizons à l’infini. Ici, des hommes travaillent dur. La caméra circule entre les corps et les briques, qui semblent ne faire qu’un. Le film montre en détail le nombre de briques de terre façonnées. C’est un travail d’équipe considérable, mais rien, ou presque, n'est montré qui permette de savoir ce qui est fabriqué et pourquoi. Le soleil se déplace d’est en ouest. À la fin de la journée, les hommes se baignent dans les eaux du fleuve. À ce moment-là, Cherri porte son attention sur un homme, Maher. Il est au téléphone. C’est un des rares moments où cette terre apparemment isolée semble recevoir un signal. Pourtant, dans ce monde moderne et globalisé, l’effet du papillon qui bat des ailes ailleurs se ressent toujours. À la radio, les bulletins d’informations évoquent les révoltes et les manifestations contre la dictature d’Omar al-Bashir, renversé après le coup d’État de 2019. Une fois l’appel terminé, Maher refuse de se baigner avec ses collègues et saute sur une moto qu’il a empruntée. Son voyage ressemble à un tableau dans lequel chaque cadre pourrait être découpé et exposé dans une galerie d’art. Pourtant, lorsqu’il arrive à destination, le film change et des idées sur la place de l’homme dans l’univers et sur la reprise du contrôle de la terre par la nature commencent à émerger.

Le film montre comment l’action de l’homme pousse la nature à réagir. Lorsque la manifestation est réprimée, les mots prononcés par cette étrange concoction d’images de synthèse semblent changer et pousse Maher à prendre son destin en main. Lui aussi veut une révolution, mais il veut également échapper à ce travail d’esclave. Sans autres moyens à sa disposition, il semble que la violence soit sa seule option. On nous suggère que Maher doit débloquer le barrage qui existe métaphoriquement en lui, et physiquement dans le monde extérieur. Pourtant le message du film est si obscur qu’il laisse de la place à de nombreuses interprétations, ce qui est à la fois la force et la faiblesse du Barrage.

Le Barrage est une co-production française, soudanaise, allemande et serbe des sociétés KinoElectron, Galerie Imane Farès, Twenty Twenty Vision, Trilema Films et DGL Travel HQ. Les ventes internationales sont assurées par Indie Sales.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'anglais par Karine Breysse)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy