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CANNES 2022 Semaine de la Critique

Critique : Nos Cérémonies

par 

- CANNES 2022 : Simon Rieth se distingue avec un premier long brillamment mis en scène qui mêle habilement réalisme et fantastique autour de deux jeunes frères liés par un extraordinaire secret

Critique : Nos Cérémonies
Raymond Baur et Simon Baur dans Nos Cérémonies

"J’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle car le premier ciel et la première terre avaient disparu." Quand un extrait de l’Apocalypse de Jean surgit, lu lors d’une messe d’enterrement dans Nos Cérémonies [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Simon Rieth
fiche film
]
, le premier long métrage de Simon Rieth, dévoilé en compétition à la Semaine de la Critique du 75e Festival de Cannes, cela présage à l’évidence des événements sortant de l’ordinaire, surtout quand la lecture met en transe fiévreuse l’un des deux fils du défunt. Mais la suite, saisissante, dépassera même les frontières de l’imagination, faisant basculer le film dans une dimension fantastique parallèle dont nous ne dévoilerons pas ici la mécanique pour préserver tout son impact sur le spectateur. Disons simplement qu’il est question des frontières de la vie et de la mort, et de deux frères indissolublement liés par un secret remontant à leur enfance.

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Ce mystère nait sur une falaise, non loin de Royan, où Tony et Noé (Grégory et Benjamin Lu) se défient, sprintant et se freinant au dernier moment avant l’à-pic. L’aîné (qui a environ huit ans), qui fait une chute spectaculaire et s’en sort miraculeusement indemne après avoir perdu connaissance, est convaincu que c’est son cadet qui l’a ramené à la vie. À cet accident qui sera la matrice de leurs relations dans leurs jeunes années à venir s’ajoute un autre choc : leur mère les embarque quelques jours plus tard, quittant leur père au terme d’une matinée de hurlements et de coups sourds hors-champ alors que Tony et Noé boivent en silence (et à l’écoute) dans les grands bols jaunes de leur petit-déjeuner. Les deux frères, qui ne reviendront que dix années plus tard, pour l’enterrement de leur paternel, laissent derrière eux Cassandre, la petite amoureuse de Tony (encore un peu secoué par l’épisode de sa chute) et la seule avec qui ils ont partagé le secret de l’incident de la falaise.

Une décennie après ce long prologue (près de 18 minutes), ce sont donc deux très grands adolescents, musclés, vêtus de sweats, survêts et baskets éclatant de couleurs vives qui reviennent au cœur de l’été dans leur maison d’enfance où le corps de leur père gît à l’étage. Mais les jeunes sont des jeunes et c’est vite la plage où Tony (Simon Baur) le hâbleur ("je serai roi") au crâne rasé et troué car il souffre d’alopécie, drague Margot et Jade, alors que Noé (Raymond Baur) reste sur sa réserve. Et Cassandre (Maïra Villena) réapparaît elle aussi. Mais de fêtes débridées avec la jeunesse du coin en après-midi de baignades en bordure des pinèdes, il s’avère que c’est maintenant de Noé que Cassandre se sent la plus proche. Et Tony devient de plus en plus agité, sous le regard inquiet mais fataliste de son cadet qui sait parfaitement ce qui les attend…

S’essayer au mélange du réalisme et du fantastique nécessite une grande rigueur scénaristique afin que l’ensemble fonctionne de manière suffisamment crédible pour créer un suspense qui ne soit pas artificiel. Mission accompli dans ce domaine pour Simon Rieth et Léa Riche qui ont écrit l’intrigue du film dont le vrai sujet est l’emprise des liens fraternels et la transition vers l’avenir de l’âge adulte qui doit couper les ponts avec tout le vécu de l’enfance. Un fil que dénoue parfaitement Nos Cérémonies dans sa double dimension tout en restituant également avec beaucoup de feeling l’état d’esprit et l’ambiance de la jeunesse. Mais c’est surtout sur le territoire de la mise en scène que le jeune cinéaste français se distingue avec une orchestration très sophistiquée de tous les éléments de la palette (un cadre toujours suggestif, du scope anamorphique, des lumières très contrastées avec Marine Atlan à la direction de la photographie, des variations radicales du tempo et du style des séquences, des choix forts sur les couleurs des décors, etc.). Autant de qualités qui font de Nos Cérémonies une initiation réussie et qui promettent énormément pour l’avenir.

Produit par Les Films du Poisson, coproduit par Spade et Smac Productions, Nos Cérémonies est vendu par Wild Bunch International.

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(Traduit de l'anglais)

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