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CANNES 2022 Cannes Première

Critique : Esterno notte

par 

- CANNES 2022 : Marco Bellocchio fait ses débuts dans la série et revient sur l’affaire Aldo Moro avec un regard humain et sans la férocité du passé

Critique : Esterno notte
Fabrizio Gifuni dans Esterno notte

Faisant exception à la règle qui veut qu'on ne revienne pas sur des histoires déjà racontées, Marco Bellocchio s'essaie au format série avec Esterno notte [+lire aussi :
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, qui commence là où s'arrêtait Buongiorno notte [+lire aussi :
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et raconte les non-dits de son chef-d’œuvre de 2003 sur l’affaire Aldo Moro. Esterno notte, structuré en six épisodes d'environ 50 minutes, a été présenté au Festival de Cannes dans la section Cannes Première. Ce travail arrivera dans les salles italiennes en deux parties, la première le 18 mai, la seconde le 9 juin, avec comme distributeur Lucky Red. À l'automne, la série sera diffusée sur Rai 1. À Cannes, il y avait eu, en 2003, un illustre précédent de "cinéma sériel" italien : Nos meilleures années [+lire aussi :
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de Marco Tullio Giordana, primé à Un Certain Regard.

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Si Bellochio n'arrive pas à se détacher du moment le plus dramatique de l’histoire de la République italienne – à savoir l’enlèvement et l’assassinat du président du parti de la Démocratie chrétienne, Aldo Moro, par les Brigades rouges en 1978, dans un climat politique et social de soif croissante de mort –, c'est parce que cet épisode concentre au maximum tous les thèmes chers au cinéaste. Avec l’affaire Moro, il est question de lutte des classes, d’utopie, de la révolution et du christianisme, des ambiguïtés du pouvoir et du cynisme de la politique, des mécanismes liés à la famille et des pulsions du moi, des modes de communication de masse et de la manipulation des médias. Si uongiorno notte optait pour le point de vue subjectif de la jeune terroriste impliquée dans l'enlèvement, la série (écrite avec Stefano Bises, Ludovica Rampoldi et Davide Serino) considère toute l'histoire selon plusieurs points de vue, façon Rashomon, en se penchant tour à tour, au fil des épisodes, sur chacun des protagonistes de ces 55 jours de folie pendant lesquels tout un pays a été déconfit par une organisation armée marxiste-léniniste. Le personnage le plus mis en avant est celui de Francesco Cossiga, alors ministre de l’Intérieur, disciple et "traître" de l’homme d’État enlevé, qu'on voit se laisser happer dans une spirale de frénésie paranoïaque, victime de ses propres obsessions : le contrôle par écoutes téléphoniques, les services secrets, les armes. Bellocchio nous le montre d'emblée en contact étroit avec son "consultant" américain Steve Pieczenik. Moro était en train de réaliser ce qu'on a appelé le "compromis historique", qui prévoyait un appui du gouvernement par le Parti Communiste italien (qui avait pris ses distances par rapport à l’URSS). Les États-Unis avaient donc plus d’une raison d'espérer (et faciliter) la mort du prisonnier.

L’acteur qui interprète Cossiga, Fausto Russo Alesi, dessine très bien ce politicien démocrate-chrétien tourmenté. Quant à Fabrizio Gifuni, qui a présenté au théâtre une lecture des lettres écrites par Aldo Moro pendant sa captivité, ce n'est même plus une interprétation qu'il livre, mais une véritable réincarnation de l’homme d’État, qui apparaît nettement même dans les moments oniriques et les visions. Margherita Buy, qui joue son épouse Eleonora (une femme forte, dure par orgueil) nous offre une des meilleures prestations de sa carrière. Elle a pour miroir la figure de la terroriste Adriana Faranda (Daniela Marra) qui, avec son compagnon Valerio Morucci (Gabriel Montesi) et les autres membres du groupe, organise la séquestration et sert de "factrice". Bellocchio la dépeint comme une jeune mère prise d'un grand sentiment de culpabilité doublée d'une militante perplexe qui s’oppose à la mise à mort du prisonnier. Toni Servillo joue le pape Paul VI, véritable ami d'Aldo Moro, qui écrira une lettre adressée aux brigadistes. Dans la mise en scène qu'il fait du chemin de croix d’un homme en train de défier l'establishment dont il faisait partie, Bellocchio ne reprend pas la férocité de certains de ses films passés. Même le cortège des espions, fascistes, francs maçons, contestataires, infiltrés, supporters, prêtres, psychiatres, magiciens, etc., est observé la tête froide.

Esterno notte est une série Rai produite par The Apartment (groupe Fremantle) avec Kavac Film, en collaboration avec Rai Fiction, en coproduction avec Arte France. Le distributeur de la série à l'international est Fremantle.

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(Traduit de l'italien)


Galerie de photo 18/05/2022 : Cannes 2022 - Esterno Notte

16 photos disponibles ici. Faire glisser vers la gauche ou la droite pour toutes les voir.

Marco Bellocchio, Lorenzo Mieli, Daniela Marra, Margherita Buy, Toni Servillo, Fausto Russo Alesi
© 2022 Fabrizio de Gennaro for Cineuropa - fadege.it, @fadege.it

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