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CANNES 2022 Semaine de la Critique

Critique : Dalva

par 

- CANNES 2022 : Avec son premier long métrage sobre et émouvant, Emmanuelle Nicot dresse le portrait d’une enfant rescapée, grandie dramatiquement trop vite

Critique : Dalva
Zelda Samson dans Dalva

"Je suis pas une fille, je suis une femme". Pourtant Dalva (Zelda Samson) n’est pas vraiment une femme, c’est plutôt une poupée. Une poupée grimée, maquillée, costumée par son père, qui en a fait sa petite femme. Une poupée docile, en quête d’amour.

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, le premier long métrage d’Emmanuelle Nicot, sélectionné à la Semaine de la Critique du 72e Festival de Cannes, commence en pleine crise. Dalva est enlevée à son foyer, enlevée à son père. Alors on lui donne un autre foyer, où elle va devoir, ou plutôt pouvoir, enfin, être cette fille, vivre cette enfance qu’on lui a volée. La transition est brutale, forcément. Dalva n’est que méfiance et résistance. Le souffle court, elle interroge les adultes taiseux qui lui font face, se demande de quoi on peut bien vouloir la défendre.

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Elle est encore actrice du récit édifié par son père, de cette histoire d’amour prohibée. "Mais nous, ça n’a rien à voir", clame-t-elle.  Elle vit leur séparation comme une injustice. En lui enlevant son père, c’est l’amour qu’on lui ôte. Il faudra qu’elle soit enfin offerte aux regards des autres, et surtout à son propre regard, pour que disparaisse le conditionnement dont elle a fait l’objet.

Ça tient à un rien, parfois, une émancipation, à une paire de boucles d’oreille qu’on enlève solennellement. L’apparence est au coeur de la vie de Dalva, à la maison, c’est ce qui lui permet de performer ce qu’elle n’est pas, une femme. Au foyer, c’est ce qui lui permettra de reconquérir ce qu’on lui a confisquée, son enfance, et son adolescence. Les vêtements achetés par son père la définissaient. Ceux qu’elle va s’acheter seule, avec le concours de son éducateur, lui permettront de se libérer. Comme la veste prêtée par Samia (Fanta Guirassi, excellente nouvelle venue), la jeune fille dont elle partage la chambre, qui va devenir une amie, lui permettre d’être vue autrement que comme une poupée, et l’aider à pousser la porte vers une nouvelle vie.

Si Dalva commence par le drame, convoquant le crime ultime de l’inceste, le film est pourtant une trajectoire de reconstruction, et même d’invention. Dalva tend vers la lumière, et effleure enfin l’insouciance. Emmanuelle Nicot se penche sur l’après, sur la réparation. Ici ce n’est pas tant la parole qui sauve, que la ré-appropriation du corps. Ce corps, c’est aussi celui de Zelda Samson, la jeune comédienne qui incarne Dalva.

Emmanuelle Nicot a une belle expérience dans le casting sauvage. Déjà dans son court métrage A l’arraché, le récit était magnifié par la performance de la jeune actrice découverte pour l’occasion. Filmée en 4/3, au plus près, souvent de dos, Zelda Samson prête son énergie bouillonnante, d’abord rebelle puis de plus en plus lumineuse à Dalva, enfant contrariée qui se voit enfin offrir le temps de découvrir l’adolescence à son rythme.

Dalva est produit par la société bruxelloise Hélicotronc, et par la société française Tripode Productions, en coproduction avec Arte, Canal+, la RTBF, Proximus et Shelter Prod. Les ventes internationales sont gérées par MK2.

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