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FILMS / CRITIQUES Serbie / Croatie / République tchèque

Critique : Museum of the Revolution

par 

- Le premier long-métrage documentaire de Srdjan Keča traite du fait d’être incomplet à travers l’histoire d’un mémorial jamais terminé et de trois individus marginalisés qui vivent dans son sous-sol

Critique : Museum of the Revolution

Le titre du premier long-métrage documentaire du réalisateur serbe Srdjan Keča, Museum of the Revolution [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Srđan Keča
fiche film
]
, se réfère à un mémorial remontant à l’époque yougoslave qui n’a jamais été terminé. Le film traite du fait d’être incomplet à plusieurs niveaux, car il se concentre sur la vie de trois personnes qui vivent en marge de la société et sont liés à ce projet architectural inachevé datant des années 1960. Le film a fait sa première mondiale à l'IDFA et il est cette semaine au programme du Festival du film sur les droits de l'Homme de Zagreb (5-12 décembre).

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Museum of the Revolution s’ouvre sur un carton d'exposition qui décrit l’idée derrière la construction de ce musée qui n’a jamais été terminé. Suivent des images d'archives montrant le début de la construction du Nouveau Belgrade, où le musée était censé se situer. Ces images aux tons sépia, qui montrent des jeunes gens portant des drapeaux yougoslaves, des bulldozers et des ouvriers en train de creuser, ainsi que des politiciens en train de prononcer des discours, ne sont accompagnées que par le bruit de craquement d'un film d’actualités d’époque passant dans un projecteur, ce qui crée une autre image incomplète.

On rencontre ensuite l'héroïne, atypique mais irrésistible, du film : la petite Milica, qui a probablement huit ans environ, des cheveux étonnamment noirs et une peau totalement blanche. Elle joue dans la neige vers un énorme centre commercial situé là où commence le quartier Nouveau Belgrade, de l’autre côté du pont qui enjambe la rivière Save.

La scène suivante nous plonge dans l'obscurité des sous-sols du Musée de la Révolution, la seule partie du bâtiment qui a été terminée. Une communauté de gens marginalisés vivent là comme des squatteurs, notamment Mara, une vieille dame sourde qui essaie d’apprendre à tricoter à Milica, avec pour seul éclairage un petit brasier. Le petit premier segment du film est dominé par ces images tranquilles, comme tout droit sorties d'un rêve, où les visages de la fillette et de la vieille dame apparaissent dans une lumière vacillante.

En quittant, ensuite, ce sous-sol, on rencontre la mère de Milica, Vera. On découvre alors que cette famille est rom, et que Milica est albinos. C'est maintenant l'été, et des cheveux blancs ont poussé sur la tête de la petite, repoussant la teinture noire vers les pointes. Mère et fille essaient de joindre les deux bouts en lavant les pare-brise des voitures qui attendent au feu rouge, sur le grand boulevard qui fait face au centre commercial. On est à présent dans des rues bondées, bruyantes à cause de toutes les voitures, à quelques mètres seulement de la caverne souterraine dont on vient, mais l’atmosphère épaisse du lieu se prolonge jusque là, maintenue par le design sonore onirique de Jakov Munižaba et le bourdonnement de la musique ambiante composée par Hrvoje Nikšić, qui complète les plans intimes, en contre-plongée, que Keča dirige vers la fillette.

Son père est en prison et se plaint du fait que Vera ne lui envoie pas assez d’argent ou de colis. Et pourtant, nous en sommes témoins, mère et fille font vraiment tout leur possible pour survivre tant bien que mal. Quand Milica parvient à récolter 500 dinars (environ 4 €), elle se pavane comme un boxeur qui viendrait de mettre KO son adversaire. Cette petite fille potelée, intelligente et énergique est la lumière du film, mais sa mère et la vieille dame sont aussi des personnages riches, avec une force d'esprit inébranlable.

Vers la fin, la caméra de Keča parcourt la rivière la nuit, et filme de nouveaux travaux de développement, sur l’autre rive de la Save : le projet de Front de rivière de Belgrade, aussi corrompu que complaisant. Ce mirage façon Dubaï (qui renvoie à un autre travail de Keča, Mirage, primé à Ji.hlava en 2012) est encore une entreprise commencée qui, pour l’instant, n'est arrivée qu’à accentuer le fossé idéologique dans ce pays de révolutions manquées et de reconnaissance incomplète des événements du passé où des gens ordinaires vivent dans les souterrains, à la fois psychologiquement et concrétement.

Museum of the Revolution est une coproduction entre la Serbie, la Croatie et la République tchèque qui a réuni les efforts d'UZROK, Restart et nutprodukce. Les ventes internationales du film sont gérées par Lightdox.

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(Traduit de l'anglais)

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