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SAN SEBASTIAN 2021 New Directors

Critique : Between Two Dawns

par 

- Selman Nacar présente dans la section New Directors le parcours picaresque du fils d’un propriétaire d’usine turc qui vit sous la coupe de son père

Critique : Between Two Dawns

Tout le générique de début de Between Two Dawns [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Selman Nacar
fiche film
]
est dominé par le ronflement de plus en plus bruyant des machines d'une usine de fabrication de textiles. Ce premier long-métrage par Selman Nacar a été présenté dans la section New Directors du Festival de San Sebastian un an après avoir remporté deux prix WIP Europa dans le volet réservé aux productions en cours du festival de l’événement basque (lire l'article).

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D'un coup, les presses s'arrêtent, un problème fréquent dans cette usine ensoleillée, constamment baignée dans une lumière bleu gris, mais personne ne semble s’en inquiéter outre mesure. C'est autre chose quand les patrons commencent à s'échauffer. C'est une journée importante pour Kadir (Mucahit Kocak), le manager anglophone bien rasé de l’usine, qui est la propriété de son père. Ce soir, le charmant jeune homme va rencontrer les parents de sa petite amie Esma (Burcu Gölgedar). Ils sont ensemble depuis un certain temps, mais Kadir n'a pas encore dit à son père Ibrahim qu'il voudrait se marier – ce dernier ne sait même pas qu'il fume. L’approche moderne du couple sur l'amour contraste nettement avec l'attitude traditionnelle de sa famille.

La conversation des jeunes amoureux est la première indication que travail et famille pourraient bien faire barrage au plan soigneusement conçu par Kadir. La tension entre son désir de satisfaire les vœux de sa famille et celui de vivre sa vie comme il l'entend est sur le point de s'emballer de manière incontrôlable, comme une machine à laver cassée. L'usine a des problèmes de cash-flow et doit livrer une commande immédiatement, de manière à être payée avant la semaine suivante, sans quoi la famille devra faire face a la banqueroute. Et puis soudain, en plein milieu d’un appel vidéo avec des clients roumains, un accident survient et un travailleur se retrouve gravement brûlé.

L’avocat calculateur de la famille (Erdem Senocak) conseille au père (Ünal Silver) et à ses deux fils d'essayer d’obtenir de la femme du travailleur blessé (Nezaket Erden) qu’elle signe une décharge, car ils pourraient aller en prison si le mari tombait dans le coma ou décédait. Une manière d’éviter la prison serait que l'un d'eux porte toute la responsabilité des faits et quitte le pays.

On a pris la mesure de l’influence des grands auteurs russes Tchékov et Dostoïevski sur le cinéma turc depuis le film de Nuri Bilge Ceylan couronné de la Palme d’or il y a plusieurs années. Comme leurs travaux, le film de Nacar suit un homme qui perd complètement le contrôle de sa vie. Le désir de Kadir d’aider sa famille signifie qu’il ne reconnaît pas la facilité avec laquelle il fait des choses moralement condamnables, et à quel point il agit par intérêt personnel. Incapable de reprendre les rênes de sa propre vie, il va droit au mur.

C’est un premier long-métrage solide de la part de Nacar, dont l’intérêt est de créer des dilemmes moraux et de montrer que ceux qui ont le pouvoir sont capables de tout pour garder leur position, quel que soit le prix à payer. Le volume de dialogues requis pour se frayer un chemin dans certaines de ces situations fait que le film semble parfois statique, même quand le réalisateur essaie de pallier cela au moyen de petits mouvements de caméra. Un excellent exemple de ce phénomène survient quand ce qui devrait être une scène pivot (le moment où Kadir avoue tout à Esma) se noie dans l’exposition avant d'arriver enfin à élever les enjeux. Cela dit, en tant qu’étude sur la manière dont l’incertitude morale conduit à la déchéance, c'est une mécanique bien huilée, qui fonctionne mieux que les presses de l’usine.

Between Two Dawns est une coproduction entre la Turquie, la France, l’Espagne et la Roumanie qui a réuni les efforts d'Arizona Films Productions, Libra Film, Nephilim Producciones, Kuyu Film, Karma Film, Fol Film et TRT. Les ventes internationales du film sont gérées par Luxbox.

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(Traduit de l'anglais)

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