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GDYNIA 2021

Critique : Other People

par 

- Ce film d’Aleksandra Terpińska est un récit nouveau, stylé et sombre sur la société moderne, qui existe dans l’ombre du capitalisme

Critique : Other People
Jacek Beler et Sonia Bohosiewicz dans Other People

L’avertissement qui apparaît au générique de début de Other People, pour prévenir les spectateurs qu'il contient du matériel dérangeant, est une décision juste et intelligente de la part d'Aleksandra Terpińska. Son film est à la fois sombre et délectable, et comme trempé dans une palette de teintes pâles et tristes. Il est répugnant et séduisant en même temps. Il se démarque en outre par un sens du rythme et de la cadence formidable grâce au travail de Magdalena Chowańska, qui a gagné un prix du meilleur montage bien mérité au récent Festival du film polonais de Gdynia (lire l'article). À vrai dire, il faut saluer l’excellent travail de toute l’équipe responsable de l'aspect visuel du film, le directeur de la photographie Bartosz Bieniek, la costumière Weronika Orlińska et la cheffe-décoratrice Anna Marzęda.

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Terpińska, dont le court-métrage Les Plus Beaux Feux d'artifice a été présenté en 2017 à la Semaine de la Critique de Cannes, a décroché à Gdynia pour Other People le prix de la mise en scène, et ce à juste titre. Elle y livre le tableau génial et dingue d'une société qui a existé dans les premiers temps du capitalisme et du consumérisme, et qui continue de nourrir les combats quotidiens et les craintes des gens jusqu’à ce jour. L'histoire tourne autour d’un homme dans sa vingtaine, Kamil (Jacek Beler, élu meilleur acteur dans un premier rôle au Festival du film polonais), qui vit dans un gratte-ciel en grand désordre, et d'Iwona (Sonia Bohosiewicz), une riche femme au foyer qui s’ennuie et l'embauche pour des travaux manuels. Ils deviennent amants, ce qui constitue une sorte de mésalliance des temps modernes et quand ils sont séparés, Terpińska en profite pour nous présenter une galerie de personnages secondaires, notamment la famille et la petite amie de Kamil d'une part, et le mari d'Iwona ainsi qu'un groupe de parents d'élèves de l'autre. Leur histoire est racontée par un narrateur, (Sebastian Fabjański), qui fait des spectacles de hip-hop avec une couronne d’épines à la Jésus Christ sur sa casquette de baseball. Il entre dans la tête des personnages principaux, mais c'est aussi le cas des "autres gens" du titre (les voisins, les gens qui font l'aller-retour tous les jours entre chez eux et leur travail, des passants), ce qui compose une sorte de choeur grec qui formule la colère intérieure et la frustration des personnages principaux.

Personne dans ce monde n'est heureux. Les gens vivent dans le chaos, frémissant constamment d'une colère très spécifique, typique du travail de Dorota Masłowska, l’auteure du roman du même nom à partir duquel le scénario a été élaboré. En effet, ce sont des motifs qui ont déjà été présentés dans ses romans précédents et dans leurs adaptations au cinéma (Snow White and Russian Red [+lire aussi :
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de Xawery Żuławski et No Matter How Hard We Tried [+lire aussi :
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de Grzegorz Jarzyna). L'image de la société qui apparaît ici est sombre, pessimiste et grotesque, de même que la vision du monde comme un jeu à somme nulle. Cependant, le film est fascinant, comme de regarder un reflet dans un palais des glaces. Ce premier long-métrage de Terpińska happe l'attention et provoque un plaisir étrangement coupable, dans la mesure où tous les personnages d'Other People sont tout à fait comme nous, juste un tout petit peu plus tordus, rapetissés ou magnifiés.

Cette ballade hip-hop noire et grotesque n'a qu'un seul défaut, mais il est conséquent : son rythme rapide ajouté à son texte dense, souvent dit en rap, le rend difficile d'accès pour un public non-polonais. Cela dit, il ne faudrait pas que ceci décourage quiconque de tenter l'expérience et de se plonger dans l'univers pâle d'Other People, qui n'est éclairé que par les lampes fluorescentes des centres commerciaux et les signes au néon de McDonald’s et autres enseignes.

Other People a été produit par la société polonaise Madants en coproduction avec Moderator Inwestycje, Film Produkcja, Warner Bros, Mazowieckie Centrum Kultury i Sztuki, Abstraction Plan, Canal+ Poland et Alcatraz Films (France). En Pologne, il sera distribué par Warner Bros. Les ventes internationales du film sont gérées par New Europe Film Sales.

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(Traduit de l'anglais)

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