email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

SAN SEBASTIAN 2021 Compétition

Critique : La abuela

par 

- Les univers de Paco Plaza et Carlos Vermut font un mariage heureux dans un film qui fait peur tout en amenant à réfléchir sur l’aspect éphémère de la beauté, la solitude et le prix du succès

Critique : La abuela
Almudena Amor et Vera Valdez dans La abuela

Paco Plaza est un réalisateur de films d’horreur. C’est un élément présent dans toute son œuvre, que ce soit à travers des histoires de possession démoniaque, de narcotrafiquants sans scrupules ni humanité ou de fans obsédés par des idoles créées artificiellement dans un reality show télévisé. L'épouvante est aussi un terrain familier pour Carlos Vermut, la figure la plus martienne du cinéma espagnol récent, capable de mélanger le plus quotidien et minable avec le plus grand raffinement, sans se décoiffer, même pas un peu. Pour La abuela [+lire aussi :
bande-annonce
interview : Paco Plaza
fiche film
]
, en lice pour le Coquillage d'or du 69e Festival de San Sebastian, le premier a assuré la mise en scène, le second l'écriture du scénario. Le résultat est un film extrêmement divertissant et effroyable où les univers des deux cinéastes se marient à la perfection.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Il serait difficile de parler de La abuela sans dévoiler les surprises de la trame, de sorte qu'on ne s'étendra pas trop sur l'intrigue. Le film se concentre sur Susana (incarnée par une brillante Almudena Amor), un superbe mannequin d'une vingtaine d’années qui vit à Paris. Alors qu'elle est sur le point de sceller par un trait de cocaïne ce qui pourrait être un grand pas en avant vers le statut de star, on l'appelle d’un hôpital de Madrid pour l’informer que sa grand-mère, qui l'a élevée depuis la mort de ses parents dans un accident de voiture, a eu une attaque cérébrale. La jeune femme se rend immédiatement sur place pour s'occuper de la situation et trouver quelqu’un qui puisse veiller sur sa grand-mère Pilar (interprétée par l'ancienne muse de Coco Chanel Vera Valdez), de manière à pouvoir continuer de se battre pour sa prometteuse carrière. Sauf que, bien sûr, ceci est un film d’horreur, de sorte qu'à partir de là, des choses étranges vont commencer à se produire qui vont tout transformer en un cauchemar interminable.

Le film joue avec certains éléments classiques du cinéma d'épouvante : la musique chargée de tension qui exacerbe les moments les plus horrifiques, les craquements de portes et les lumières qui s’éteignent soudainement, dans l'immense appartement qu'habitent les deux femmes. Cependant, ce qui est le plus épouvantable là-dedans, c’est la vieillesse, et la perte de beauté et de lucidité qui s'ensuit. Le film ne lésine pas sur les images qui montrent la détérioration du corps de la grand-mère. Celle-ci, qui fut jadis une jeune femme magnifique à la peau lisse et ferme est à présent une vieille dame fragile qui s'étiole, prisonnière d’un corps faible, visiblement abîmé par le passage du temps. Parallèlement à ceci, on a du mal à savoir ce qui angoisse davantage la jeune fille : la situation de sa grand-mère ou le temps qu’elle est en train de perdre, dont pourrait profiter une rivale pour prendre sa place dans l’Olympe de la mode.

On peut dire que le film fonctionne parce qu'il divertit pour ses éléments les plus effroyables. Plaza nous happe dans son jeu de mystères occultés et nous maintient en état d'alerte, à attendre une résolution satisfaisante qui viendra finalement. En chemin, il nous fait réfléchir à des sujets comme la tyrannie de la beauté, particulièrement sanglante dans le cas des femmes, condamnées à l'invisibilité dès le moment où leurs charmes commencent à faner. L’obsession du succès, l’insignifiance des liens familiaux en comparaison avec les exigences du marché capitaliste, ou encore la solitude et l'incommunication entre les gens dans les grandes villes sont d'autres sujets qui sont abordés dans le film. Le tout camouflé dans une fable horrifique aussi douloureusement belle qu'ouvertement joueuse.

La abuela est une production d'Apache Films en collaboration avec Les Films du Worso et Atresmedia Cine. En Espagne et en France, le film sera distribué respectivement par Sony Pictures et Wild Bunch.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'espagnol)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy