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CANNES 2021 Compétition

Critique : La Fièvre de Petrov

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- CANNES 2021 : Deux heures et demie de la russité la plus enfiévrée, quand c’est bien fait, ça vaut le coup d’oeil, comme le prouve Kirill Serebrennikov

Critique : La Fièvre de Petrov

"Ton poème est trop long ! Dans les années 1970, les auteurs se vantaient d’en faire de très courts !". Voilà ce que dit en s’exclamant, lassée, une membre du Club de poésie russe, interrompant une lecture particulièrement sinueuse. Le chaos qui s'ensuit, où intervient une bibliothécaire guindée qui distribue de méchants kicks défiant les lois de la gravitation qui pourraient avoir été chorégraphiés en Asie, est un régal pour les yeux, dans le genre bien sanglant. C’est des moments surréalistes comme ça qui se démarquent dans La Fièvre de Petrov [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
, un titre en compétition à Cannes qui, avec ses 2h30 du durée, joue avec témérité et du sinueux, et du lassant.

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Ça fait trois ans que le réalisateur aux multiples talents Kirill Serebrennikov a dévoilé, à Cannes également, le film Leto [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Ilya Stewart
fiche film
]
. Depuis, il a traversé sa part de chaos, pour dire les choses gentiment : accusé d’abus de biens sociaux (soi-disant, mais cela n’a jamais été prouvé, en plus d'être mis en avant à un moment particulièrement commode pour les autorités, en lien avec ses critiques du gouvernement et son soutien au mouvement LGBT), il a été condamné à une peine à domicile jusqu’au mois de juin de l’an dernier, où elle a été suspendue. La Fièvre de Petrov a été créé pendant ce temps de "liberté" retrouvée et fait l’effet d'une bouteille de ketchup avec de la sauce séchée en obstruant le bec qu'on doit presser plus fort et là splash, ça part dans tous les sens – dans le temps, l’espace, et au niveau de l’intrigue.

Le menu est néanmoins succulent, dès le plan d’ouverture dans un tramway bondé dans une ville de rustres qui n’est jamais nommée, ville où notre résilient héros, un mécanicien doublé d'un auteur de bandes dessinées appelé Petrov, a vraiment une mauvaise toux (l’acteur principal, Semyon Serzin, fait très bien la mauvaise toux), mais au moins ce n’est pas le cancer, juste une mauvaise grippe. Sa femme Petrova (Chulpan Khamatova, fortiche en baston), qui n’est autre que la bibliothécaire sus-mentionnée, vraiment dotée de super-pouvoirs inattendus, a aussi cette grippe.

L’ensemble du film s'inspire d'un roman de l'auteur culte Alexeï Salnikov paru en 2018, intitulé Les Petrov, la grippe, etc. L’histoire, ou plutôt les histoires (et il y en a beaucoup), évoque un Manuscrit trouvé à Saragosse qu'on aurait trempé dans la Stolichnaya. Une fête de nouvel an avec un Morozko hirsute et une reine des neiges mal en point, accompagnés par un accordéon enfiévré jouant du Vivaldi, attire particulièrement l'attention, ce qui devient parfois assez exténuant pour le spectateur. La rétribution finit par arriver sous la forme d’une histoire longue et apparemment séparée qui troque les images dominées par le marron, avec un certain grain, pour un superbe noir et blanc, pour couleur terre, avec beaucoup de grain, pour un merveilleux noir et blanc, avant que le film ne finisse par boucler la boucle en retournant dans le tramway du début.

On peut supposer sans trop craindre de se tromper que seuls quelques happy few dans la salle comble du Grand Théâtre Lumière, à mi-parcours de cette curieuse édition 2021 du festival, ont été capables de décoder la myriade d’inscriptions en cyrillique du film, mais les applaudissements, après 145 minutes de film, ont été enthousiastes. Un cadavre pas encore tout à fait mort dans son cercueil et une foule de commentaires faisant pas mal réfléchir sur certains aspects de la russité ont sans doute aidé à apprécier l’expérience.

La Fièvre de Petrov est une coproduction entre la Russie, la Suisse, la France et l’Allemagne qui a réuni les efforts de Hype Production, Bord Cadre Films, ARTE France Cinéma, Logical Pictures, Charades et Razor Film Produktion. Les ventes internationales du film ont été confiées à Charades.

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(Traduit de l'anglais)

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