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HOT DOCS 2021

Critique : Blue Box

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- Dans ce documentaire, Michal Weits se plonge dans la vie de son arrière-grand-père Joseph, un homme qui a orchestré l’acquisition de terres palestiniennes et les expropriations qui allaient avec

Critique : Blue Box

Blue Box, le premier documentaire à la réalisation de la productrice Michal Weits, formée à l'École de cinéma et de télévision Sam Spiegel, est au programme du volet World Showcase de Hot Docs 2021. Ce long-métrage retrace une h/Histoire chargée d'atroce souffrance, dans laquelle au moins trois parties sont impliquées : les membres de la famille Weits, les Israéliens et les Palestiniens.

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Dans Blue Box, Weits décide de plonger au coeur du passé controversé de son arrière-grand-père Joseph, l'homme connu pour avoir orchestré l'acquisition de terres palestiniennes et l'expropriation de ceux qui y vivaient. Son enquête commence par l'étude des journaux intimes de Joseph, un énorme récit de sa vie s'étalant sur 5000 pages, couvrant près de 80 ans d'Histoire. Weits adopte une approche assez classique, alternant entre des interviews face à la caméra de membres de sa famille, une grande quantité d'images d'archives, des photographies, le tout accompagné d'une musique atmosphérique composée pour le documentaire par Benoit Charest et d'une chronologie animée qui permet aux spectateurs de mieux se repérer dans le passage du temps que le film retrace. Par ailleurs, une narration en voix off réunit les réflexions de la réalisatrice et des extraits des journaux de Joseph, lus d'une voix sèche par l'acteur Dror Keren.

Le documentaire s'ouvre sur plusieurs plans où apparaît une vaste forêt. À un moment donné, la voix hors-champ de la réalisatrice déclare : "Quand j'étais petite, mon père m'emmenait souvent en excursion à la campagne. En chemin, on s'arrêtait devant de magnifiques paysages verdoyants et il me racontait l'histoire de notre famille. Il pointait du doigt les trois rangées de montagnes et disait : 'Tu vois tout ça ? C'est grâce à ton grand-père'". Weits était en effet à la tête du département forestier du Fonds national juif, et a organisé la célèbre campagne des boîtes bleues, qui a obtenu un grand succès partout dans le monde et permis de collecter des fonds pour l'achat et le boisement de terres en Palestine. Dès le début du documentaire, on comprend à quel point l'héritage de Joseph est lourd, gênant et inévitable dans le destin de la famille.

Michal accompagne les spectateurs dans un périple intense qui révèle de nombreux détails sur la saisie massive de terres qui a mené à la création de l'État d'Israël tel qu'on le connaît aujourd'hui. Ainsi, il devient peu à peu évident que les arbres plantés par le Fonds national juif n'ont pas seulement représenté les racines indispensables à la naissance d'une nation, mais aussi les fondements d'un conflit de plusieurs décennies entre deux camps irréconciliables. Au fil du processus de recherche, Michal est à la fois curieuse et sincèrement désireuse d'explorer le passé ambigu de son arrière-grand-père. Son approche lui permet de proposer une narration assez équilibrée, car elle surmonte son instinct naturel d'ignorer ce qui s'est passé et remet en question le grand récit épique des pionniers héroïques parvenus dans une terre vide et négligée qui en ont fait leur patrie en partant de rien. Les sentiments de honte, d'inquiétude, de tristesse voire même de compréhension de ses descendants vivants par rapport aux actions de Weits sont également apparents, quoiqu'à un niveau plus superficiel, très probablement limités par les immenses efforts que déploient déjà les personnes interrogées pour être devant une caméra et parler d'affaires d'État (et de famille) très délicates.

Blue Box est, malheureusement, plus d'actualité que jamais, alors que le bilan s'alourdit et que les violences entre Israël et Gaza s'intensifient. Si vous lisez cette critique et souhaitez voir le film pour y voir plus clair, vous pouvez être sûr que vous n'y parviendrez pas. Le documentaire de Weits pose beaucoup de questions, dont la plupart restent sans réponse, et la fin en soulève de nouvelles, nombreuses et encore moins confortables. L'exploration socratique du doute à laquelle la réalisatrice procède rend cependant ce travail suffisamment intéressant et tellement insaisissable que c'en est fascinant.

Blue Box a été produit par Norma Productions (Israël), Intuitive Pictures (Canada), Off-World (Belgique) et yesDocu (Israël), en coproduction avec NHK, CBC/Radio Canada, Knowledge Network, Canvas, VPRO et RTS. Les ventes internationales du film sont assurées par Cinephil (Tel Aviv).

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(Traduit de l'anglais par Alexandre Rousset)

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