email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

SOLEURE 2021

Critique : Neighbours

par 

- Le nouveau long-métrage du réalisateur kurde-suisse Mano Khalil évoque l’absurdité de la guerre à travers le regard d’un enfant

Critique : Neighbours
Ismail Zagros et Serhed Khalil dans Neighbours

Le réalisateur kurde-suisse Mano Khalil, un habitué des Journées de Soleure, où il a présenté ses trois derniers films (Hafis & Mara [+lire aussi :
bande-annonce
fiche film
]
en 2018, The Swallow [+lire aussi :
critique
bande-annonce
fiche film
]
en 2016 et The Beekeeper en 2013, qui a remporté le prestigieux Prix de Soleure), revient au festival pour présenter, en première mondiale, Neighbours. C’est encore une fois vers sa terre natale, et le conflit qui l'afflige, que le regard du réalisateur se tourne ici, filtré par l’insouciance d’un enfant.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)
sofia_meetings_internal

L’histoire, à la fois simple et cruelle, que nous raconte Neighbours est celle d’un village à la frontière entre la Turquie et la Syrie au début des années 1980. Comme dans un microcosme protégé de la cruauté et l’intransigeance d’une société de plus en plus radicalisée, les habitants cohabitent pacifiquement et apprécient leurs différences comme les briques indispensables d’un puzzle qui englobe harmonieusement chacun d'eux. Non que cela soit le fait de la bien-pensance, c'est juste le déroulement naturel d’un quotidien naturellement doté de nombreuses facettes que personne ne sent le besoin de remettre en question.

C’est là que vit Sero (interprété par l’impressionnant Serhed Khalil), le héros du film, un garçonnet kurde de six ans que nous suivons pendant sa première année d’école, une année décisive qui va changer sa vie pour toujours : non seulement sa mère meurt, frappée par un projectile tiré involontairement par un soldat qui surveille la frontière délimitant le pays, mais tout son petit monde est révolutionné par les enseignements radicaux (ou plutôt l'endoctrinement) du nouveau maître, envoyé de Damas pour reprendre les rênes de l’école arabe que fréquente Sero. Le nationalisme absurde que défend le nouveau maître va à l'encontre de la cohabitation pacifique entre tous les habitants du village (au-delà des diffférences de religion et d'origines), bousculant en profondeur les petites certitudes de Sero et de ses camarades de classe.

Grâce au fait que le film nous amène à observer cette réalité complexe à travers les yeux d’un enfant, celle-ci reste drapée d'un voile de magie qui empêche que la tristesse ne prenne l’ascendant, comme si la cruauté et le pragmatisme du nouveau maître ne réussissaient pas vraiment à traverser le mur de l’enfance, avec ses illusions et ses désirs simples (comme le rêve de Sero de pouvoir un jour regarder des dessins animés à la télévision). Dans un mouvement quasi fellinien, la magie de l’enfance se mêle, non sans une certaine dose d’humour, avec la cruauté du présent (on pense au moment où les élèves répondent à la question du maître sur la manière dont ils combattraient les juifs, par un spontané et inattendu "en jouant au gendarme et au voleur", ou quand ils discutent ensemble des termes de "sionisme" et d’"impérialisme" que le maître ne cesse de rabâcher et les décrivent comme des créatures fantastiques, sans avoir la moindre idée de ce qu’ils signifient). Même la masculinité abusive de l’oncle de Sero est filtrée à travers la sensibilité encore innocente de l’enfant, qui n’hésite pas à défendre sa tante contre la violence de son mari – un moment tout à fait cathartique qui met l’accent sur la caractère construit d'une masculinité virile et patriarcale qui n’a pas encore eu le temps, pas plus que l’endoctrinement du maître, de s’imprimer en lui.

Dans ce "huis clos", la guerre représente une potentialité dangereuse qui reste cependant presque invisible, comme un monstre prêt à attaquer dont on ne connaît pas le visage. Au-delà des images d’horreur que nous pouvons imaginer, c’est précisément ce silence, cette invisibilité tangible, et la possibilité que celle-ci finisse par arracher à Sero son insouciance qui fait peur et donne au film une vraie profondeur.

Neighbours a été produit par Frame Film GmbH, qui s’occupe aussi de ses ventes internationales, avec la SRF Schweizer Radio und Fernsehen, la SRG SSR et ARTE G.E.I.E..

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

(Traduit de l'italien)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Privacy Policy