email print share on Facebook share on Twitter share on reddit pin on Pinterest

CANNES 2022 Compétition

Valeria Bruni Tedeschi • Réalisatrice de Les Amandiers

"Même dans les moments les plus tragiques, on peut toujours réussir à rire"

par 

- CANNES 2022 : La cinéaste italo-française a dévoilé une œuvre de maturité replongeant dans la jeunesse des apprentis comédiens du théâtre des Amandiers de Patrice Chéreau

Valeria Bruni Tedeschi • Réalisatrice de Les Amandiers

Cinquième long métrage de réalisatrice de Valeria Bruni Tedeschi, Les Amandiers [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Valeria Bruni Tedeschi
fiche film
]
est son second sélectionné en compétition au Festival de Cannes.

Cineuropa : À quel point le film est-il autobiographique ?
Valeria Bruni-Tedeschi :
Comme dans tous mes films, je pars de souvenirs réels et j’en fais de la fiction. Ce qui reste autobiographique, ce sont les émotions. À l’écriture se sont mêlés mes souvenirs, ceux de Noémie Lvovsky et Agnès de Sacy, et ceux de anciens élèves des Amandiers que je suis allée interviewer. Tous les personnages ont été écrits, et les actrices et les acteurs que j’ai choisis ne ressemblent pas du tout à leurs modèles ; par exemple Sofiane Bennacer est relativement éloigné du personnage qui avait été écrit. Je voulais de toutes façons que les acteurs s’emparent des personnages et me dépossèdent de mon image, de mon souvenir À toute cette matière se sont également ajoutés des éléments que nous avons inventés, par exemple le personnage de la jeune femme qui a échoué au concours d’entrée à l’école et qui y revient comme serveuse à la cafétéria car assez tardivement, juste avant le tournage, j’ai eu le sentiment que manquait un personnage incarnant les perdants. Car il faut bien se remettre à l’esprit à quel point à l’époque cette école et ce théâtre étaient perçus : les Amandiers, c’était le centre du monde et tous les grands artistes, acteurs et dramaturges, venaient y travailler. Nous, les petits élèves, nous y croisions Piccoli, Koltès, Catherine Deneuve, Depardieu, Luc Bondy, etc. C’était exaltant.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Le portait de Patrice Chéreau semble très réaliste. Comment avez-vous travaillé ce personnage ?
Il faudrait demander à Louis Garrel parce que je ne l’ai pas vraiment dirigé. Quand nous avons écrit le personnage, nous avons picoré dans des interviews, des souvenirs, mais ensuite Louis Garrel a créé son propre Chéreau. Je ne voulais pas faire un biopic, et même si le personnage s’appelle Patrice Chéreau, ce n’est pas Patrice Chéreau mais la vision personnelle de Louis Garrel de qui était Chéreau. Il fallait néanmoins représenter l’énergie de Patrice, son intelligence, son amour des acteurs, mais ensuite ce sont les secrets de fabrication de Louis.

Quid du ton du film où l’humour et le drame cohabitent en permanence ?
J’y tenais énormément car même dans les moments les plus tragiques, on peut toujours réussir à rire. Je me réfère souvent à ces trois mots qui ont la même racine latine, humus, ce qui veut dire la terre : humilité, humour et humanité.

Quelle a été votre approche dans le traitement historique du film puisque l’intrigue se déroule dans les années 80 ?
Pour la reconstitution historique, j’ai juste essayé d’être très émotionnelle, c’est-à-dire de trouver des choses qui me faisaient tout de suite resurgir des émotions, par exemple des musiques. C’est pareil pour les décors car nous n’avons pas tenté de reproduire parfaitement les années 80 et il y a même du contemporain dans le film, mais il y a des éléments de décors qui me font immédiatement resurgir des émotions comme les cabines téléphoniques car on ne fait pas du tout la même conversation au téléphone dans une cabine ou avec un portable.

Pourquoi avez-vous choisi pour le film la pièce Platonov de Tchekhov ?
Parce que nous l’avions jouée à l’école des Amandiers et nous avions aussi fait le film Hôtel de France qui en est une adaptation. À un moment, j’ai envisagé qu’on choisisse autre chose, mais cela aurait ajouté des difficultés car pour Platonov, nous avions déjà le décor, la mise en scène, j’avais la pièce en tête.

Comment avez-vous découvert Nadia Tereszkiewicz, la grande révélation du film ?
J’avais joué avec elle dans Seules les bêtes [+lire aussi :
critique
bande-annonce
interview : Dominik Moll
fiche film
]
de Dominik Moll. Elle interprétait mon amante. La première fois que je l’ai rencontrée, Dominik m’avait demandé de voir jeunes actrices pour trouver ma partenaire dans le film. Dès cette audition, je l’avais trouvée exceptionnelle. Quand je préparais mon propre film, je pensais qu’elle était un tout petit peu trop âgé pour le rôle car je voulais des gens vraiment très jeunes. Mais je me suis rendue compte découvert que tous les acteurs que je trouvais avaient tous un peu plus que 20 ans. Je ne sais pas pourquoi, sans doute parce que pour jouer cette histoire qu’ils devaient jouer, il fallait avoir les épaules. Sofiane Bennacer par exemple a 25 ans. Quant à Nadia, je lui ai fait passer énormément d’auditions avec d’autres actrices, ce qui n’a pas dû être facile pour elle, parce que voulais savoir si elle accepterait de perdre le contrôle. Pour ce personnage de Stella, Il fallait qu’elle ait un grand désir d’être actrice, un corps désirant et désirable, la candeur de quelqu’un qui n’a pas beaucoup vécu, qui n’a pas encore apparemment beaucoup souffert, qui a certes beaucoup d’argent mais dont on perçoit une sensation de solitude dans sa vie. Ensuite j’ai visualisé le couple que forme Nadia et Sofiane car il raconte des histoires de deux mondes différents.

(L'article continue plus bas - Inf. publicitaire)

Vous avez aimé cet article ? Abonnez-vous à notre newsletter et recevez plus d'articles comme celui-ci, directement dans votre boîte mail.

Lire aussi

Privacy Policy