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France

Mathieu Fournet • Directeur des affaires européennes et internationales, CNC

"Nous sommes optimistes sur une sortie de crise à partir du printemps"

par 

- Actifs culturels stratégiques européens, directive SMA, anticipations des mutations de l’industrie : le CNC organise le 25 janvier un colloque en ligne sur "L’indépendance au service de la création"

Mathieu Fournet • Directeur des affaires européennes et internationales, CNC

A l’occasion de la présidence française du Conseil de l’Union européenne, le CNC organisera mardi 25 janvier 2022 un colloque en ligne intitulé "L’indépendance au service de la création" (pour s’accréditer, cliquez ici). À quelques jours de l’événement (qui sera accessible en français, anglais et allemand), nous avons rencontré Mathieu Fournet, le directeur des affaires européennes et internationales du CNC.

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Cineuropa : Après deux années de crise provoquée par la pandémie et une première phase de relance encore un peu contrariée, quelle est votre analyse de la conjoncture et est-elle partagée par vos homologues européens ?
Mathieu Fournet : Depuis le début de la crise, nous sommes en lien avec nos homologues non seulement européens, mais aussi du reste du monde. Nous échangeons avec eux sur les mesures prises en France et les bonnes pratiques. Nous avons souvent été source de conseils, notamment sur les mesures d’urgence comme la mise en place du fonds d’assurance contre le risque Covid qui a été adopté ensuite en Belgique francophone, en Allemagne et au Québec, sur un schéma inspiré du modèle français. La coordination a été renforcée par la crise et nous travaillons avec nos homologues de manière bilatérale et multilatérale quasi quotidienne à travers notamment le réseau des EFAD, à la fois sur la réponse à la crise et sur les évolutions accélérées du secteur, pour se projeter dans l’avenir. Comment nous appréhendons cette année ? Un peu comme tout le monde. C’est une année que nous souhaitons et espérons être une année de relance. D’ailleurs, en France, nous avons décidé de maintenir, dans le respect de la politique sanitaire gouvernementale, les événements comme le FIPADOC qui se déroule en ce moment à Biarritz, le Festival Premiers Plans à Angers qui va s’ouvrir le 24 janvier, la semaine dernière les rendez-vous d’UniFrance à Paris où plus de 250 acheteurs audiovisuels et cinéma ont pu se réunir avec une journée de l’export en format hybride, un format que nous avons également retenu pour la Journée de la présidence française de l’Union Européenne que nous accueillerons au CNC mardi 25 janvier. L’annonce par la Berlinale de la tenue en ligne de l’European Film Market est certes un petit coup dur pour les producteurs et les vendeurs français, mais le maintien des rendez-vous d’UniFrance à Paris a permis d’espérer une reprise des ventes internationales pour cette année. Donc nous sommes optimistes sur une sortie de crise à partir du printemps.

Quels sont les sujets de réflexion et les pistes d’action qui seront abordés lors du colloque du 25 janvier, afin de renforcer le secteur et son agilité pour rebondir le plus rapidement possible et poursuivre son développement ?
Cette journée traitera des nouveaux enjeux réglementaires de la filière au niveau de l’Union Européenne. Le sujet plus important à nos yeux, et qui sera probablement mis en avant par la Ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, lors de son discours d’ouverture, c’est la question des actifs culturels stratégiques européens, tout particulièrement sous l’angle de leur protection par rapport à des États hors UE, avec des rachats, comme on en constate dans le monde entier, qui pourraient mettre en péril les catalogues d’œuvres et leur exploitation, les réseaux de salles de cinéma, les studios de tournage, certains diffuseurs historiques ou les studios de production de jeux vidéo. La protection des actifs stratégiques dépendant des traités européens, c’est une question au long cours, mais il faut l’aborder et nous allons le faire avec Pascal Rogard (directeur général de la SACD) comme modérateur et différents intervenants de la filière : Sidonie Dumas (présidente de Gaumont), Christian Brauer (président de la CICAE) et Odile Limpach, qui représente le jeu vidéo. Ensuite nous mettrons l’accent sur la décarbonation de notre industrie, comment la faire pivoter vers des pratiques compatibles avec le développement durable et une économie décarbonisée, ce qui sera l’occasion de présenter le Plan Action ! du CNC. Puis une seconde table ronde interrogera l’œuvre européenne : sa définition dans le cinéma et dans l’audiovisuel, et l’importance de l’indépendance. Modérée par Daniela Elstner (directrice générale d’UniFrance), la discussion verra participer la députée européenne Laurence Farreng, Bruno Patino (président d’Arte), le vice-ministre grec de la Culture Nicholas Yatromanolakis, et côté production le Français Marc du Pontavice et l’Espagnole Mariela Besuievski. Enfin, la dernière table-ronde, modérée par Karim Mouttalib (directeur général de l’IFCIC), travaillera sur un bilan d’étape et de perspectives de la directive SMA qui a été adoptée en 2018 et transposée depuis deux ans. Seront invités à en débattre Roch-Olivier Maistre (président de l’Arcom), le Belge Karim Ibourki (qui préside l’ERGA - Groupe des régulateurs européens des services de médias audiovisuels), la Norvégienne Gudny Hummelvoll (présidente du Club des Producteurs Européens), Jean-Baptiste Gourdin (directeur général des médias et des industries culturelles au Ministère de la Culture), Delphine Ernotte (présidente de France Télévisions et de l’Union européenne de radio-télévision) et Madeleine de Cock Buning (vice-présidente de Netflix, en charge des politiques publiques en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique).

On entend souvent dire que la France est un modèle en matière de soutien à la création cinéma et audiovisuelle, mais en même temps une sorte de village gaulois résistant à l’envahisseur. A quel degré la France peut-elle inspirer les autres pays ? Y-a-il une volonté partagée européenne d’aller dans le même sens dans le développement de l’industrie ?
Sur le sujet principal qui nous occupe, la transposition de la directive SMA, c’est très clair. La transposition de la France qui applique des quotas ambitieux (60% d’œuvres européennes pour les catalogues des éditeurs de services de media audiovisuel à la demande alors que la directive n’obligeait qu’à 30%), mais qui utilise surtout la possibilité donnée aux États membres de mettre en place des obligations d’investissements en protégeant la production indépendante (avec aussi des sous-quotas favorables aux œuvres en langue française),  est un modèle qui attire et intéresse de très nombreux pays. L’Italie a ainsi acté une transposition ambitieuse et dans les pays qui n’ont pas saisi ou pas complètement la possibilité des obligations d’investissements, les représentants des professionnels, en particulier des producteurs, nous interrogent très régulièrement et seraient très favorables à une transposition permettant une intégration véritable des plateformes dans le financement de la création. En Europe, nous avons beaucoup d’échanges avec l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, la Slovénie ou la Croatie par exemple, donc même avec des pays de plus petite taille qui s’appuient dans leurs négociations avec les plateformes sur ce qui est fait en France. Et au-delà de l’Europe, c’est aussi le cas entre autres avec la Corée du Sud et le Canada. Donc je ne parlerai pas de village gaulois, mais plutôt d’un pays qui a à cœur de défendre sa création audiovisuelle et cinématographique, ses auteurs, son industrie, et qui ne souhaite pas devenir un pays d’industrie de services, mais protéger la production indépendante déléguée.

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