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VISIONS DU RÉEL 2020

Cláudia Varejão • Réalisatrice d'Amor Fati

"Les personnages de mon film sont des héros de la vie, ce sont mes héros"

par 

- Nous avons interviewé la réalisatrice portugaise Cláudia Varejão pour en savoir plus sur son film Amor Fati, au programme à Visions du Réel

Cláudia Varejão  • Réalisatrice d'Amor Fati

Cláudia Varejão est de retour dans la compétition internationale longs-métrages de Visions du Réel avec Amor Fati [+lire aussi :
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, qui dépeint des individus avec des similarités étonnantes qui ont noué des liens entre eux malgré leurs histoires apparemment aux antipodes les unes des autres. Nous nous sommes entretenus avec elle pour en savoir plus sur son documentaire.

Cineuropa : Qu’est-ce qui vous a inspiré ce film ?
Cláudia Varejão :
Ça n’a pas été un parcours direct, linéaire. L’idée vient de quelque chose que je faisais quand j’étais enfant : réunir les gens qui me paraissaient se convenir. Pour moi, beaucoup de couples étaient trop similaires entre eux, presque comme des frères et sœurs. Je pensais que les gens me mentaient – je disais : "Ils sont forcément frère et sœur!". Et puis j’ai commencé à me rendre compte que quand les gens s'aiment ou ont un caractère similaire, ils se mettent à se ressembler. En 2008, j’ai commencé un cours de photographie, et un de mes projets portait sur les gens qui se ressemblent. Je n’ai jamais terminé. Après Ama-San [+lire aussi :
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, j’étais épuisée (j'ai traversé une période assez difficile), alors j’ai décidé de faire un film ici même, avec ça, ce qui était quelque chose de facile à contrôler.

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La dualité visuelle qui vient des attributs physiques des personnages se remarque beaucoup. Le titre renvoie un concept qui a beaucoup à voir avec la manière qu'on a d’être au monde. Comment avez-vous développé la connexion entre ces deux aspects ?
Le titre m'est venu au début du projet. Je me suis dit que c’était un bon titre parce qu’il contenait cette idée de mystère. Or les relations sont un mystère. Amor Fati parle aussi d’accepter les choses comme elles arrivent, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Ces deux idées sont venues ensemble et elles ont ouvert les portes à ce film. C’est comme une balise : elle passe à côté parfois, juste pour vous rappeler qu’elle est là, et elle vous guide.

Ça pourrait aussi être connecté à la stratégie de tournage : celle de travailler avec le présent, d’être témoin de moments qui jaillissent des vies quotidiennes des personnages.
C’est un concept si vaste. Vous pouvez le voir dans la structure, dans la vie des personnages, et aussi dans votre propre interprétation du film. Ce n’est pas un film facile : il ne fonctionne pas par rapport à des attentes. Les choses s'y passent comme la vie se passe. C’est un portrait dont j'ai moi-même fait l’expérience et que j’ai vécu en le créant. Dès que j’ai commencé de tourner, j’ai perdu le contrôle du film, les vies des personnages se sont imposées seules, et les connexions que j’ai commencé à voir étaient des subtilités mineurs. La plupart d’entre elles sont venues du montage.

On remarque la "patte" du monteur dans le processus de construction de ces connexions attentives et délicates. Et à l’intérieur de ces connexions, on voit des égalités, mais aussi des contrastes extrêmes.
Je voulais vraiment créer un dénominateur commun, un fil rouge passant à travers eux tous, malgré leurs différences. On aurait pu aller vers des aspects complètement opposés, mais il y avait toujours quelque chose qui conférait une certaine continuité à leur connexion. J’ai commencé à voir certains parallèles : la musique, la vie, la mort… Il s'agissait de travailler avec le présent et l’intuition. Et nous avons aussi fait ça pendant le montage.

Le son est un des nombreux éléments qui permet d’établir ces liens. On peut couvrir tout le spectre, de la musique classique à la techno.
Ces gens ont beaucoup de choses en commun : ces personnages vivent dans les marges, du fait de leur identité sexuelle ou culturelle. Ce sont des personnages qui sont absents de la scène, alors ils finissent par former un lien. Ce sont des héros de la vie, ce sont mes héros.

Vous parliez de vie et de mort. Le concept de la mort est introduit et développé à travers des photographies, mais principalement à travers la mort réelle d’un des personnages. Comment avez-vous géré cela ?
Mes films récents sont extrêmement sensibles par rapport à ce compromis qui consiste à me demander "où puis-je aller avec la vie des gens ?".  Parce que c’est avec cela que je travaille. Ils nous ouvrent la porte de leur intimité, ce qui est un acte d'une immense générosité. J’ai filmé les sœurs de Montalegre et je me suis rendu compte qu’Ana était assez fragile. J’ai demandé à la famille de me tenir au courant si quelque chose devait arriver. Un jour, une personne de leur ville m’a appelée et m’a dit qu'Ana était morte. Je me suis dit : "J’y vais tout de suite". Mais j’ai aussi pensé : "Est-ce que je dois prendre la caméra ?". Je ne savais pas quoi faire. J’ai parlé avec la famille, et quand je suis arrivée là-bas, je me suis rendu compte que ça aurait du sens, que de continuer ce portrait. Quand quelqu’un meurt, comment les autres gèrent-ils son absence ? J’y suis allée seule, et ça a été vraiment difficile pour moi de filmer. J’ai fait un seul plan, celui que vous voyez dans le film.

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(Traduit de l'anglais)

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