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"Rassembler des talents, créer des synergies"

Dossier industrie: Produire - Coproduire...

Annabella Nezri • Productrice, Kwassa Films

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La productrice et créatrice de la société basée à Bruxelles parle des opportunités et des obstacles aujourd’hui à la production cinématographique en Belgique francophone

Annabella Nezri • Productrice, Kwassa Films

Rencontre avec Annabella Nezri, productrice et créatrice de Kwassa Films, société basée à Bruxelles, à qui l’on doit notamment Jumbo [+lire aussi :
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qui sortiront d’ici quelques semaines en France, Space Boy d’Olivier Pairoux (lire la news) qui sortira fin octobre en Belgique, le documentaire #salepute de Florence Hainaut et Myriam Leroy diffusé sur la RTBF et Arte, ou encore Temps Mort, premier long métrage d’Eve Duchemin (news), dont le tournage vient de s’achever. Elle représente la Fédération Wallonie-Bruxelles à l’occasion de Producers on the Move 2021 de l’EFP.

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Cineuropa : Pourquoi et comment êtes-vous devenue productrice ?
Annabella Nezri :
J’ai toujours été passionnée de cinéma, mais je ne connaissais pas du tout le milieu. J’ai fait Sciences Po, et mon mémoire de fin d’études était consacré au cinéma italien d’après-guerre. Ma directrice de mémoire m’a encouragée à me lancer. J’ai envoyé des CV dans plein de boîtes de production et de distribution sans savoir trop qui faisait quoi. J’ai commencé comme stagiaire, je me suis retrouvée sur un plateau de long métrage à faire des cafés, coller des étiquettes, arrêter des voitures, tout et n’importe quoi, mais bizarrement ça m’a plu ! C’était tellement euphorisant d’être au coeur de la fabrication d’un film. Le développement, les plateaux, les relations humaines, et puis faire vivre le film… C’était ça que je voulais faire !

En fait j’adore mettre des talents ensemble, faciliter les synergies. Si j’ai créé Kwassa Films, c’est pour faire des films qui me plaisent, bien sûr, mais aussi aller chercher le public. Faire des films de genre, des comédies, des films familiaux. C’est très grisant de produire des choses différentes pour reconquérir le public belge.

C’était une évidence de directement créer votre société ?
Quand j’ai commencé, je me suis dit "un jour je serai productrice", mais pas "un jour j’aurai ma boîte". Surement une question de légitimité typiquement féminine, on met plus longtemps que nos collègues masculins à nous dire : "Je peux le faire". Mais quand je suis partie de mon dernier job, j’ai pris quelques mois de pause, et j’ai rencontré plein de producteurs, souvent hommes, et j’ai réalisé qu’ils n’avaient pas hésité à créer leur propre boîte, sans forcément avoir beaucoup d’expérience. J’ai suivi une formation pour les jeunes entrepreneurs, et je me suis lancée ! J’avais été très marquée par une statistique qui pointe que les femmes ont besoin d’être à 120% de leurs capacités pour oser se lancer, quand les hommes se lancent à 60%. Je me suis dit que j’allais faire mentir les statistiques !

Quelles sont les opportunités et les obstacles aujourd’hui à la production cinématographique en Belgique francophone ?
Côté opportunités, il y a une certaine forme de liberté artistique. Je pense que si j’avais essayé de financer certains de nos films en France, cela aurait été plus compliqué. Je crois que dans les commissions, les chaînes de télévision, il y a une véritable ouverture, une vraie envie de soutenir l’ADN de notre cinéma, souvent osé. Mais c’est sûr que les fonds côté flamand et francophone ne sont pas les mêmes. Les chaînes mettent plus d’argent en Flandre, alors que côté francophone, la Commission du film n’a pas vraiment été refinancée depuis 10 ans, à part une petite augmentation récemment.  Cela reste compliqué de financer des films majoritaires belges, on galère souvent plus que quand on fait de simples coproductions financières !

La coproduction devient une évidence ?
Oui, nous sommes vraiment un pays de coproduction, si on vise des budgets de plus de 1,5 millions d’euros, on n’a pas le choix de toutes façons. On a une vraie réputation, et beaucoup d’outils. Le Tax Shelter a vraiment changé la donne en la matière. Et Producers on the Move est vraiment une magnifique opportunité de créer de belles synergies. A ce jour, je travaille encore avec des producteur·ices rencontré·es dans d’autres ateliers. Je suis ravie d’avoir été choisie pour représenter la Fédération Wallonie-Bruxelles, et de pouvoir présenter Vigilante, le nouveau projet d’Olivier Pairoux. C’est un thriller très noir, qu’on souhaite coproduire sur trois pays.

Est-ce que vous constatez que le métier est en train de changer, notamment avec les plateformes ?
C’est sûr que les tournages ont été fortement impactés par le Covid, mais on espère que c’est passager. C’est vrai aussi que l’on a été directement touchés au niveau de la diffusion, ayant sorti deux films en mars 2020 ! Faire des films sans être sûr de quand et comment ils vont sortir, c’est évidemment particulier. Le marché a tellement évolué, plateformes plus le Covid, c’est un tsunami. On va devoir se réadapter, s’interroger sur les films qui pourront avoir une vie en salles, et les films qui seront à leur place sur les plateformes. J’ai l’impression que les films qui vont trouver leur place au cinéma seront les gros blockbusters, mais aussi les films d’auteur indépendants à petits budgets, des films de festival, comme ceux que l’on produit. Ce sera surement plus compliqué pour les films du milieu. Il faudra peut-être les penser autrement, et viser des publics différents, ce que je fais pour des films que nous développons pour des publics jeunes.

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